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| Texte de Brigitte
À l’exception de ces dernières années, durant lesquelles elle était diminuée par l’âge, j’ai toujours connu maman en pleine activité. La cuisine, le jardin, les conserves, le tricot, la couture sans oublier le temps qu’elle nous consacrait à mon frère et moi, lorsque nous étions enfants, pour les devoirs ou les jeux. Pour ce qui est de la cuisine, personne ne pouvait rivaliser avec elle lors des repas dominicaux ou de fête. La qualité et le nombre des plats réalisés étaient impressionnants car elle cuisinait souvent plusieurs versions en fonction des préférences de chacun et nous étions tous assurés de faire un véritable festin. Ce n’est qu’une fois adulte que je me suis rendu. compte du travail réalisé… Maman se déplaçait énormément à vélo pour aller au marché ou rendre des visites. Il faut dire qu’elle pratiquait dès son adolescence en sillonnant les routes des villages environnants sur des kilomètres ou descendant à Grenoble avec son cousin Pierrot. Puis elle a continué à son entrée dans la vie active quand l’un des dix-sept postes qu’elle a occupés en tant que remplaçante du receveur des postes ne nécessitait pas obligatoirement de prendre le train. Cela pouvait représenter de longs trajets. Par la suite, c’est avec papa à la retraite qu’ils ont continué à faire tous les deux un peu de vélo. Maman était une personne ouverte qui a toujours respecté nos choix d’adultes, ne nous a jamais fait de reproche sur nos actions, nos décisions ; l’essentiel étant pour elle que nous soyions heureux et de cela je l’en remercie et lui en suis reconnaissante. Lorsque maman s’est retrouvée diminuée par les maux de l’âge, elle a pu compter sur l’aide de l’AFIPHADOM et du SSIAD de Gières, qui se sont occupé d’elle avec beaucoup de bienveillance et de gentillesse, je les en remercie infiniment. Maman aimait beaucoup écrire ses souvenirs et nous a laissé beaucoup de textes sur sa jeunesse, je vais vous en lire un extrait qui concerne la période, au milieu des années 40, où elle se rendait de chez elle à pied jusqu’à l’école de la Motte-d’Aveillans. Nous habitions la Motte-Saint-Martin et l’école se trouvait à 6 km de chez nous, à la Motte-d’Aveillans. Nous partions de chez nos parents le matin à 7h pour arriver à 8h à l’école. Notre cartable était lourd car il contenait aussi notre panier repas. Nous marchions assez vite pour arriver à l’heure mais pour le retour nous étions un peu moins pressés. L’hiver, il faisait nuit au moment du départ et, à la fin des cours, la nuit allait bientôt tomber. Je partais seule des Côtes et 500 m plus loin je rencontrais une autre élève qui venait de Leysson. Après 1 kilomètre et demi encore, nous trouvions les élèves du centre de Saint-Martin, de la Mollière et de Bayardière. Notre point de rencontre se situait à l’angle du cimetière. Passer sous ce cimetière m’effrayait beaucoup quand il faisait nuit et que j’étais seule, ce qui arrivait de temps en temps. Des cyprès dépassaient du mur et me faisaient penser à des fantômes, je courrais et retenais mon souffle sans regarder. Parfois, nous partions bien plus tôt de chez nous et montions dans la benne d’un camion de la mine Le chauffeur n’était pas très enthousiaste par peur d’un accident et il fallait faire attention de ne pas se salir car la benne avait contenu du charbon ; nous nous tenions donc accroupis sans nous asseoir. Ces jours-là, nous arrivions une heure plus tôt à l’école mais nous n’avions pas eu à marcher ! L’hiver, il y avait souvent beaucoup de neige et mon papa, quand il ne travaillait pas à cette heure-là, m’accompagnait un bout de chemin et faisait la trace en passant devant moi. Nos chaussures étaient des galoches à bout carré, elles ressemblaient à des brodequins et nous en étions très fiers mais elles étaient vite mouillées à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous longions la voie ferrée, passions dans un tunnel, puis sur un viaduc. Sur notre trajet, nous rencontrions souvent le train et il fallait nous mettre dans les guérites contre le mur si nous étions dans le tunnel ou dans des emplacements de sécurité sur le viaduc. En quittant la voie ferrée, nous avions encore une bonne grimpette à effectuer pour arriver à l’école. Pour le repas de la mi-journée, nous mangions sous un préau et, l’hiver, il y avait un poêle pour faire chauffer nos gamelles. Le soir, fatiguée, il me fallait encore manger et faire mes devoirs jusqu’à tard. Ma maman restait avec moi la soirée et tricotait des gants Jacquard pour une grande maison de ganterie de Grenoble. Bien souvent je pensais aux élèves de la Motte-d’Aveillans arrivés chez eux peu après la fin des cours. Le matin, souvent ma maman m’appelait tôt pour réviser, je dormais presque encore en m’habillant. Bien sûr, tout a changé maintenant et c’est tant mieux ! Cependant, nous n’étions pas malheureux, l’école étant loin nous étions obligés de faire ce trajet mais, avec le bavardage de chacun, nous ne le trouvions pas long et même agréable. Lors des obsèques de papa, Élise avait raconté le premier rendez-vous entre papa et maman alors qu’elle avait très peur qu’il ne vienne pas. Il était bien au rendez-vous et l’attendait. Je ne sais pas si papa peut être là à t’attendre aujourd’hui mais je sais que tu continueras à vivre dans nos cœurs et dans le souvenir de ceux qui t’ont connue et qui m’ont souvent dit que tu étais une belle personne. Avant d’entendre une chanson que maman aimait écouter, dans une version plus ancienne, avec son papa et qui s’appelle « les blés d’or » et de laisser la parole à Tristan qui va lire un texte d’Élise puis à Michel qui lira un texte de Françoise, je vais vous faire part du seul souhait que maman avait exprimé pour ses obsèques, que l’on récite un « Notre Père ». Aussi, je remercie tous ceux qui le désirent de le réciter avec nous. Voilà pour un des souvenirs de Colette.
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